Le rôle de l’urbaniste, ce qui le distingue des autres professionnels, par Marc Wiel, urbaniste

Quels sont les rôles et les compétences spécifiques de l’urbaniste dans la définition, la conduite et la mise en œuvre des politiques d’urbanisme ? Aux côtés des autres corps professionnels, l’urbaniste est avant tout « un homme d’interface », et apporte une aide à la décision politique, répond Marc Wiel, nominé au Grand prix de l’urbanisme et ancien directeur de l’agence d’urbanisme de Brest.

L’urbaniste est un généraliste des disciplines concourant au projet territorial sous toutes ses formes et à toutes les échelles, et cette qualité devrait donner la garantie au décideur public, l’élu local, d’avoir avec lui une personne qui sait ne pas s’enfermer dans une spécialité professionnelle (ingénieur, juriste, ou architecte par exemple). Si les spécialistes n’avaient pas la difficulté de sortir de leur spécialité il n’y aurait pas d’urbaniste ou tout spécialiste pourrait se targuer de l’être naturellement. Et il y a des spécialistes qui savent ne pas s’enfermer dans leur spécialité. De ce fait, l’urbaniste ne peut pas se définir « positivement » comme l’ingénieur qui sait compter et l’architecte qui sait dessiner. L’urbaniste devra pouvoir dialoguer avec des spécialistes sur ce qui fait le cœur de la compétence de ces spécialistes et apporter ce dont ils risquent de manquer… Ce manque n’est pas obligatoirement dans un autre savoir académique ou la possession d’un minimum dans tous les savoirs académiques. Il est le plus souvent dans ce qui rend possible la décision, c’est-à-dire la capacité à mettre en perspective les diverses facettes du problème, une aptitude à mettre en tension des avantages ou inconvénients collectifs ou individuels, à dégager dans les finalités l’essentiel de l’accessoire, ce qui requiert précisément assez (mais sans excès) de maîtriser des préoccupations naturellement mieux portés par chaque spécialité. Cette aptitude ne lui donne pas une position hiérarchique supérieure par rapport aux spécialistes. Il n’est pas l’homme de la synthèse mais de l’interface. Cette fonction nécessite que l’urbaniste soit bien positionné dans les organigrammes des collectivités locales, c’est-à-dire assez proche du décideur public ou plus généralement dans les espaces techniques affectés à un rôle de coordination interdisciplinaire.

Une formation adéquate est dès lors utile à qualifier l’urbaniste : de nombreux instituts d’urbanisme ont été créés il y a 30 ou 40 ans pour cela. Néanmoins la nature par défaut de son rôle fera que son aptitude à nourrir une fonction interdisciplinaire se vérifiera et se développera surtout par l’expérience.

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À propos de nouveauxurbanistes

administrateur du site nouveaux urbanistes

Publié le 23 janvier 2012, dans 2. Faire de la profession d'urbaniste une profession à part entière, Témoignages. Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. Paul-Hervé Lavessière

    Tout à fait d’accord avec cette définition, cependant, ne pas oublier qu’un urbaniste doit aussi posséder des compétences techniques importantes pour pouvoir s’insérer professionnellement et crédibiliser son travail.
    La maitrise des logiciels SIG et CAD sont indispensables pour qu’il puisse expliquer ce qu’il fait aux personnes exterieures. Si je suis capable d’imaginer un projet, de peser le pour, le contre, je suis aussi capable de dessiner, de communiquer mes idées et celles des autres.
    De plus je me rapproche de l’ingénieur lorsque je dessine « à échelle », lorsque mes travaux sont géoréférencés par exemple. Toutes ces compétences techniques sont à mon avis pas assez présentes dans les formations. Lorsque l’on finit son cursus universitaire, on nous demande simplement « qu’est-ce que tu sais faire? ». Et c’est dans un premier temps quasiment le plus important selon moi.
    Le reste vient avec les années d’expérience et la sensibilité aux différentes sujets. Lors de mes premiers travaux, j’étais très content de pouvoir dire (c’est un exemple) : « je dessine des plans et des cartes, stratégiques et réglementaires sur des logiciels » car c’est compréhensible par tous, plus que de dire « je suis urbaniste » qui lorsque l’on a 23ans, est beaucoup moins crédible.
    Le « je suis urbaniste » doit se mériter aussi et il faut faire ses armes sur du concret!

    Qu’en pensez-vous?

  2. Bien que la transversalité soit l’une des compétences, sinon LA compétence de l’urbaniste, il peut y avoir un décalage entre ce bagage théorique, mais aussi pratique, car l’urbaniste a cette capacité inhérente à penser la transversalité et à l’exercer, mais comme jeune urbaniste, comment la faire reconnaitre, comment l’exercer ?

    Par rapport à un savoir-faire et un savoir-être horizontal, sans doute est-il nécessaire d’être capable de se créer une ou des spécialités, à défaut d’une spécialisation verticale pure. En terme de présentation, cela crée légitimement une identification, un axe structurant pour les autres, notamment pour les employeurs.

    Cette dimension mériterait sans doute d’être développée, expliquée au sein des Instituts d’Urbanisme, cela sans doute améliorerait la compréhension de la profession et permettrait aux étudiants de se positionner. Car, finalement, après ses études, la question est de savoir qu’est-ce qu’on à apporter au « pot commun » d’une structure. Travailler dans cette perspective est un enjeu important.

    Donc tout à fait d’accord avec toi Paul-Hervé ! et j’ajouterais que ce travail de définition doit se faire en amont.

  3. @Paul Hervé L. : je ne vous rejoins pas lorsque vous convoquez les arguments de la technicisation (dont la maîtrise des logiciels n’est qu’un aspect!). C’est un peu comme si vous définissiez le médecin comme le professionnel savant se servir d’un stéthoscope ! Ce serait assez réducteur. Quant à l’âge du capitaine, je trouve assez curieux comme considération. On peut très bien être un bon urbaniste à 30 ans et un mauvais urbaniste à 45 ans ou à 60 ans. Donc la crédibilité professionnelle, ce n’est pas seulement d’avoir des cheveux gris, de savoir maîtriser des logiciels, des outils, des procédures, mais c’est davantage de savoir écrire, parler et convaincre. Je dirais que l’urbaniste, justement, n’a pas vocation à « dessiner » ou à techniciser. Il est surtout là pour appuyer le décideur en « ajusteur de distances », comme dirait Jean-Marc Offner. Pour ma part, en tant que politiste et urbaniste de formation et lobbyiste de métier, voici comment je définirais l’urbaniste :
    Loin de se réduire à un aspect réglementaire, le travail de l’urbaniste vise à définir et mettre en forme le projet territorial des collectivités locales. Son rôle est d’anticiper les dynamiques d’urbanisation en apportant aux élus locaux une aide à la décision politique leur permettant :
    – d’arbitrer sur les localisations les plus cohérentes (activité, emploi, logement, réseaux de transports) pour la gestion optimale des mobilités et la définition de parcours résidentiels adaptés
    – de mener une action foncière adéquate.
    – de conduire des projets de renouvellement urbain (réinvestissement et intensification)

  4. Paul-Hervé Lavessière

    Merci pour vos commentaires, cette recherche de définition est fort intéressante.

    En fait, je trouve que le fait de considérer les aspects techniques de l’urbanisme comme n’étant pas du ressort de l’urbaniste n’est pas juste. En grossissant un peu le trait, je dirais même que c’est une forme de quasi-snobisme vis-à-vis de ces tâches et compétences, considérant que l’urbaniste n’est pas là pour ça, ou en tout cas, que ce n’est pas sa vocation première. Il doit être « au dessus de ça ».

    Cela me fait un peu penser à des questions similaires dans des domaines artistiques. Je ne sais plus qui parlait en ces mots mais il disait « je ne fais pas du Cinéma, je fais des films ». De même, j’ai pu discuter avec des musicien talentueux qui avouaient être des « artisans de la musique » plus que des musiciens, ne pas « faire de la Musique » mais « jouer d’un instrument » modestement.

    Pour faire un parallèle avec notre questionnement sur la définition de l’urbaniste, je dirais que qui que nous soyons, nous ne faisons pas peut-être pas de « l’Urbanisme » mais tantôt nous conseillons le politique, tantôt nous sommes chargé d’un projet d’aménagement, que sais-je encore?

    Finalement, la question que je me pose en lisant ces commentaires c’est, un étudiant qui termine son master d’urbanisme à Bordeaux, Lille ou Grenoble par exemple est-il urbaniste? A mon avis, il ne peut pas tout de suite tenir le noble rôle de « conseiller du Pouvoir » mais doit pourtant faire sa place dans un monde où l’on reconnait principalement les ingénieurs et les formations Science-Po! C’est dans ce cadre-là que je pointe l’importance des compétences techniques, tout simplement pour trouver du boulot, et montrer, comme le titre de l’article le dit très bien, ce qui le distingue des autres professionnels. Je citerais alors un collègue d’une cinquantaine d’année me disant un jour, l’urbanisme, c’est notamment, « aimer et connaitre la ville ». Et bien dans ce sens, je dirais que ce qui distingue l’urbaniste des autres, c’est cette culture de la ville, cette curiosité, cet amour pour l’urbain. Mais pour que ceci ait de la valeur et soit compris, je pense qu’il est bon d’avoir mis les mains dans le cambouis pendant ses premières années au moins.

    @Olivier C. Je ne pensais pas vraiment à l’âge du capitaine, mais plutôt à l’expérience et à la richesse que cela constitue d’être passé par différents postes. Être un bon urbaniste à 30 ans, je te suis complètement, et même un peu avant j’espère!

  5. Un peintre ne fait pas de la peinture, il peint.
    Un sculpteur ne fait pas de la sculpture, il sculpte.
    Un architecte ne fait pas de l’architecture, il architecture.

    Un urbaniste n’est pas un aménageur comme on le dit si simplistement.
    Son rôle est plutôt de ménager les âmes et les lieux, de quelque nature que ce soit.
    Du rural au tissu dense. Le questionnement reste le même, les rapports changent.

    Quand les brèves histoires humaines se traduisent en structures physiques pérennes,
    Quand la culture des sols nourrit la culture première des esprits. Passionnant.
    Ne pas confondre technicisme et technique, du grec techne : engendrer, enfanter.

    Peut-être que le mot « urbanisme/urbaniste » sont des mots épuisés aujourd’hui
    Car la ville est un phénomène bien plus ancestral à Cerda, avouons-le.
    C’est un métier, de lectures, de savoirs et de projets au service du bien-vivre-ensemble.

    Surtout généraliste, pour être à la hauteur de l’unicité de la situation.

  6. Je rejoins PHL dans l’importance des compétences techniques. L’urbaniste ne fait pas qu’arrondir les angles, il se doit de décider. Or dans l’élaboration d’un projet, décider revient souvent à tracer un trait. Sans oublier qu’il me semble difficile de réfléchir et de construire un projet sans un crayon (ou une souris) à la main. C’est un allez retour entre la main et la tête en somme.
    Certes, ceci concerne avant tout les urbanistes travaillant dans l’AMO et la MOe, mais il n’en reste pas moins que le métier d’urbaniste ne se résume pas à savoir appréhender la ville sous l’oeil des sciences sociales. C’est un métier technique, qui demande des connaissances techniques et un savoir faire technique. Comment sinon se positionner et dialoguer avec nos interlocuteurs architectes, ingénieurs, etc ?

    Sur cette maîtrise des outils, les formations ne sont pas toutes à la même hauteur d’exigence, et cela doit être un critère.

  7. Franck Marquilie

    Bonjour,

    Tous ces commentaires sont forts intéressants. Toutefois, j’aimerais y apporter mon « grain de sel ».

    Pour moi la caractéristique principale d’un urbaniste est l’universalité, et son trait de caractère indispensable la curiosité (dans le sens soif d’apprendre et découvrir les hommes, le monde) et une bonne dose d’humanisme et d’altruisme ne devrait pas faire de mal.

    Comme aucun d’entre nous ne peut prétendre à l’universalité, un « bon ubaniste » n’est une personne seule mais un élément moteur (le chef de projet) entouré d’une équipe pluridisciplinaire (groupement de compétences).
    Je reste convaincu que la parfaite connaissance (technique) de chacune des facettes de la profession est nécessaire. Certaines sont incontournables (géomatique, concepteur (archi, paysagiste), économiste, sociologue, aspect réglementaire, …), d’où cette nécessité d’en connaître une à fond (la formation initiale) et de savoir s’entourer des autres compétences.
    Outre la personalité, c’est surtout surtout la nature du projet qui désigne l’élément moteur, le chef de projet. Comme le disent les chasseurs alpins, la compétence prime le grade.

    Je trouve réducteur de parler d’une transervasalité horizontale entre métiers / compétences, et de limiter l’urbaniste à « un amoureux de la ville ». Il manque là deux notions fondamentales : celle des strates et celle de l’échelle. Je pense que le travail de l’urbaniste se place au niveau de l’aménagement du territoire, celui où il est implanté ou qu’il connait fort bien de part son parcours professionnel, et dont la ville n’est jamais qu’un élément.

    C’est un métier qui demande du temps au temps, nécessite des aulités d’écoute, des heures et des heures de lectures afin d’appréhender un territoire et beaucoup de réflexion … à l’opposé de notre mode de vie actuel.

    Franck M.

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