Archives Mensuelles: février 2012

Les métiers de l’urbanisme : Comment maîtriser le foisonnement ?


  Par Jean Haëntjens, économiste et urbaniste, auteur de Urbatopies (2010) et La ville Frugale (2011).   

 www.urbatopie.com

Lors d’une récente réunion de l’Association des Urbanistes du Grand Ouest, nous avons fait un tour de table. Sur quinze participants, il y     avait quinze  métiers différents, dont un spécialiste de l’auto-construction, un organisateur de visites urbaines, une aménageuse, un  spécialiste des écoquartiers, une productrice d’art urbain, un expert en marketing territorial et un consultant en stratégies urbaines.

Tous possédaient une formation et une expérience qui les qualifiaient pour être urbaniste au sens OPQU. Certains avaient, auparavant, exercé un autre métier (le spécialiste des écoquartiers venait, par exemple, de la finance).

Deux raisons permettent de considérer ce foisonnement professionnel comme durable. La première tient à la montée en puissance des approches stratégiques et transversales dans les politiques urbaines . La seconde est la prise en compte, indispensable, des enjeux de développement durable. Ce foisonnement a le mérite de faire bouger les lignes mais il porte un risque évident pour la lisibilité – déjà faible – de la profession.

Si je devais faire une suggestion pour rendre le « métier » plus lisible, ce serait celle de la « quadruple compétence ». Elle part du constat que les grandes étapes de l’histoire urbaine ont toujours été marquées par une rencontre à quatre dimensions : économique, sociétale, technique et esthétique. Les modèles urbains les plus remarquables sont ceux qui ont su, à un moment donné, inventer des harmonies nouvelles à partir de ces quatre exigences. Le principe vaut pour Venise, Amsterdam, Paris ou New York. A l’inverse, les ratages les plus spectaculaires en matière d’urbanisme ont été accomplis par ceux qui, maîtrisant une ou deux de ces dimensions, ont cru qu’ils pouvaient ignorer les autres.

Or un urbaniste, quelle que soit sa spécialité, ne peut discuter avec les autres spécialistes que s’il a un pied dans chaque dimension, que s’il est capable d’en comprendre la logique. Pour chacune d’elle, il a le choix entre de nombreuses disciplines :
–    Economique : coût de la construction, économie territoriale, marché immobilier…
–    Sociopolitique : communication, compréhensions des comportements, marketing territorial, pédagogie, gouvernance…
–    Technique : construction, déplacements, énergie, environnement…
–    Esthétique et sensoriel : architecture, design, art urbain, paysage, perception de l’espace, des sons, des couleurs, des « dimensions cachées »…

En somme, l’urbaniste de demain devra savoir concilier une spécialité relativement pointue et une culture urbaine ancrée dans les quatre dimensions.

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