Archives de Catégorie: Témoignages

Mais que fait la SFU ?


J’ai fais un rêve …

J’ai rêvé qu’en pleine tourmente économique, sociale, prospective, technologique, de communication, de l’emploi, d’échelle d’intervention, de mondialisation, d’intervention si efficace des lobbies restreignant notre profession, de lobbies empêchant nos diplômés d’accéder aux fonctions territoriales, j’ai rêvé donc que « la plus représentative » ( !) de nos organisations professionnelles, la SFU, était en plein combat sur tous les fronts !

Je n’ai pas eu à me réveiller, mais à me sortir brutalement du cauchemar : La SFU m’a envoyé un courriel ce samedi 24 août de Saint-Barthélemy, au soir, me demandant « d’élire nos représentants au conseil d’administration de l’OPQU », pour la reconnaissance « officielle » des urbanistes qualifiés.
Je ne vais pas me livrer à un commentaire de ce qu’écrit Jacques VIALETTES, l’actuel Président –qui est loin d’être inactif.
Mais cet appel au vote au CA de l’OPQU m’a brutalement révélé ce que, maintenant, la SFU se condamne à être : un outil inapproprié, qui s’autoalimente d’actions qui ne sont plus que des leurres, sans véritables finalités d’action. Un ensemble vide.

Quelle reconnaissance « officielle » ? Que vaut l’approbation arrogante de la SFU de « la capacité de formation » ou celle « d’animer la recherche » qu’elle délivre aux universités formant des urbanistes ?
Quand j’étais, il y a 3 ou 4 ans au CA de la SFU, j’ai connu très peu de « chercheurs » ou de représentant de chercheur, alors qu’on nous faisait croire que nous étions au moins 200 membres cotisants. Et que nous représentions le macrocosme de l’urbanisme français, et même européen.

De cascades de représentations en délégations souvent vides, la prestigieuse SFU-car elle a été prestigieuse, innovante, moteur de nombreux mouvements depuis 1911- s’est vidée de toute substance. Au mieux, elle est la porte parole retardataire d’actions qui s’exercent ailleurs, sur d’autres terreaux fertiles.

Même son site web vit encore sur d’anciens « acquis » :
L’exemple le plus comique, si ce n’était aussi triste, se situe à la page dédiée à l’intercommunalité –sujet d’actualité s’il en est ! Les préfets sont sommés par circulaire du 8 août 2013 qu’aucune commune n’y échappe d’ici le 1er janvier 2014. C’est une obligation d’application immédiate, l’article L.5210-1-2 du Code général des collectivités territoriales (CGCT) étant entré en vigueur le 1  juin.

Lisez-la, cette page du web : la SFU y place en article principal, l’interview de Béatrice Mathiot de …. Dominique MUSSLIN (avec une faute à MUSSLIN : « MussElin ») sur ce qu’il exprimait il y a…quelques temps sur l’inéluctabilité de l’intercommunalité !

Le fond est toujours pertinent, mais le « rafraichissement » -sans parler de la faute d’orthographe- est toujours à la traine: et il y a pourtant à s’exprimer MAINTENANT sur la circulaire du 8 août 2013 aux préfets !
Enfin, je n’évoquerais pas – c’est mon mauvais esprit !- l’ironie que peut revêtir la présentation d’un article de Dominique MUSSLIN. Il est l’initiateur et l’animateur principal du « Syndicat des Nouveaux Urbanistes »
Et là, ce n’est pas un rêve, notre Assemblée Fondatrice se tiendra le mois prochain !

A très bientôt, ceux qui sont bien réveillés.

Daniel DE LICHANA
Nouvel urbaniste

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Les métiers de l’urbanisme : Comment maîtriser le foisonnement ?


  Par Jean Haëntjens, économiste et urbaniste, auteur de Urbatopies (2010) et La ville Frugale (2011).   

 www.urbatopie.com

Lors d’une récente réunion de l’Association des Urbanistes du Grand Ouest, nous avons fait un tour de table. Sur quinze participants, il y     avait quinze  métiers différents, dont un spécialiste de l’auto-construction, un organisateur de visites urbaines, une aménageuse, un  spécialiste des écoquartiers, une productrice d’art urbain, un expert en marketing territorial et un consultant en stratégies urbaines.

Tous possédaient une formation et une expérience qui les qualifiaient pour être urbaniste au sens OPQU. Certains avaient, auparavant, exercé un autre métier (le spécialiste des écoquartiers venait, par exemple, de la finance).

Deux raisons permettent de considérer ce foisonnement professionnel comme durable. La première tient à la montée en puissance des approches stratégiques et transversales dans les politiques urbaines . La seconde est la prise en compte, indispensable, des enjeux de développement durable. Ce foisonnement a le mérite de faire bouger les lignes mais il porte un risque évident pour la lisibilité – déjà faible – de la profession.

Si je devais faire une suggestion pour rendre le « métier » plus lisible, ce serait celle de la « quadruple compétence ». Elle part du constat que les grandes étapes de l’histoire urbaine ont toujours été marquées par une rencontre à quatre dimensions : économique, sociétale, technique et esthétique. Les modèles urbains les plus remarquables sont ceux qui ont su, à un moment donné, inventer des harmonies nouvelles à partir de ces quatre exigences. Le principe vaut pour Venise, Amsterdam, Paris ou New York. A l’inverse, les ratages les plus spectaculaires en matière d’urbanisme ont été accomplis par ceux qui, maîtrisant une ou deux de ces dimensions, ont cru qu’ils pouvaient ignorer les autres.

Or un urbaniste, quelle que soit sa spécialité, ne peut discuter avec les autres spécialistes que s’il a un pied dans chaque dimension, que s’il est capable d’en comprendre la logique. Pour chacune d’elle, il a le choix entre de nombreuses disciplines :
–    Economique : coût de la construction, économie territoriale, marché immobilier…
–    Sociopolitique : communication, compréhensions des comportements, marketing territorial, pédagogie, gouvernance…
–    Technique : construction, déplacements, énergie, environnement…
–    Esthétique et sensoriel : architecture, design, art urbain, paysage, perception de l’espace, des sons, des couleurs, des « dimensions cachées »…

En somme, l’urbaniste de demain devra savoir concilier une spécialité relativement pointue et une culture urbaine ancrée dans les quatre dimensions.

Le rôle de l’urbaniste, ce qui le distingue des autres professionnels, par Marc Wiel, urbaniste


Quels sont les rôles et les compétences spécifiques de l’urbaniste dans la définition, la conduite et la mise en œuvre des politiques d’urbanisme ? Aux côtés des autres corps professionnels, l’urbaniste est avant tout « un homme d’interface », et apporte une aide à la décision politique, répond Marc Wiel, nominé au Grand prix de l’urbanisme et ancien directeur de l’agence d’urbanisme de Brest.

L’urbaniste est un généraliste des disciplines concourant au projet territorial sous toutes ses formes et à toutes les échelles, et cette qualité devrait donner la garantie au décideur public, l’élu local, d’avoir avec lui une personne qui sait ne pas s’enfermer dans une spécialité professionnelle (ingénieur, juriste, ou architecte par exemple). Si les spécialistes n’avaient pas la difficulté de sortir de leur spécialité il n’y aurait pas d’urbaniste ou tout spécialiste pourrait se targuer de l’être naturellement. Et il y a des spécialistes qui savent ne pas s’enfermer dans leur spécialité. De ce fait, l’urbaniste ne peut pas se définir « positivement » comme l’ingénieur qui sait compter et l’architecte qui sait dessiner. L’urbaniste devra pouvoir dialoguer avec des spécialistes sur ce qui fait le cœur de la compétence de ces spécialistes et apporter ce dont ils risquent de manquer… Ce manque n’est pas obligatoirement dans un autre savoir académique ou la possession d’un minimum dans tous les savoirs académiques. Il est le plus souvent dans ce qui rend possible la décision, c’est-à-dire la capacité à mettre en perspective les diverses facettes du problème, une aptitude à mettre en tension des avantages ou inconvénients collectifs ou individuels, à dégager dans les finalités l’essentiel de l’accessoire, ce qui requiert précisément assez (mais sans excès) de maîtriser des préoccupations naturellement mieux portés par chaque spécialité. Cette aptitude ne lui donne pas une position hiérarchique supérieure par rapport aux spécialistes. Il n’est pas l’homme de la synthèse mais de l’interface. Cette fonction nécessite que l’urbaniste soit bien positionné dans les organigrammes des collectivités locales, c’est-à-dire assez proche du décideur public ou plus généralement dans les espaces techniques affectés à un rôle de coordination interdisciplinaire.

Une formation adéquate est dès lors utile à qualifier l’urbaniste : de nombreux instituts d’urbanisme ont été créés il y a 30 ou 40 ans pour cela. Néanmoins la nature par défaut de son rôle fera que son aptitude à nourrir une fonction interdisciplinaire se vérifiera et se développera surtout par l’expérience.

Témoignages d’urbanistes


Nous reproduisons ici de manière anonyme quelques témoignages d’urbanistes que nous avons reçus suite au lancement de notre mouvement. Ces réactions donnent du crédit à la démarche des Nouveaux Urbanistes. N’hésitez pas à nous adresser vos témoignages d’urbanistes professionnels si vous souhaitez les voir publier ici.

François M. , urbaniste OPQU :

« Bravo pour cette initiative à laquelle j’adhère pleinement !

Je commençais à désespérer que notre profession ne se réveille d’une interminable anesthésie générale et ne se saisisse collectivement de l’émergence d’un véritable besoin d’urbanisme qui se confirme enfin chaque jour dans le discours des acteurs locaux. Je suis donc tout à fait favorable à relayer l’appel des « nouveaux urbanistes » en Bretagne (intitulé que je trouve très bien, car il évoque plus un idée de « renouveau » qu’un insupportable « culte du jeunisme » !)

Bien cordialement »

***

Erwan M. , urbaniste, diplômé de l’Institut d’Urbanisme de Paris :

« Je souhaite vous féliciter pour cette initiative. En effet, en tant que jeune diplômé, je ne me reconnais pas dans les associations d’urbanistes existantes. En effet, l’inscription à l’OPQU ne peut s’effectuer qu’après 2 ans d’exercice professionnel pour les titulaires d’un diplôme en urbanisme. A contrario, l’inscription à l’ordre des architectes est conditionnée presque exclusivement aux titulaires d’un diplôme d’architecte. Et quand on considère la situation du marché du travail pour les jeunes urbanistes, on peut comprendre que je ne sois pas le seul à rejeter ces pratiques.
Je considère que la profession d’urbaniste souffre d’un manque de protection. En effet, tout le monde peut se déclarer urbaniste, là où les autres professionnels avec lesquels nous travaillons régulièrement (architecte, géomètre, ingénieur…) ont un titre protégé. Cette situation absurde décrédibilise considérablement notre profession.

Il me semble pourtant que nous avons un vrai rôle à joueur en tant que garant de la cohérence des politiques territoriales, des projets urbains, à l’écoute des politiques, des habitants et des autres professionnels.

Bien cordialement, et avec tout mon soutien »

***

Gérard L. , architecte et urbaniste :

« Lorsque que vous dites :
« Notre profession brille aujourd’hui par son absence dans les tours de table ministériels sur « l’urbanisme de projet ». Pire, elle est aujourd’hui ridiculisée quand l’urbaniste est contraint d’endosser le rôle du sous-traitant dans le cadre de consultations internationales (à la mode du Grand Paris)…. »
vous mettez le doigt me semble-t-il sur la question essentielle : la profession d’urbaniste ou les professions d’urbanistes ?

Bien sûr l’avant scène urbanistique, les publications, les palmarès et les prix mettent en avant l’urbanisme de PROJET et pas l’urbanisme de PLANIFICATION, jusqu’à opposer presque deux professions.
En effet, cela n’est pas un hasard si de récents grands prix de l’urbanisme ont été attribués à des paysagistes ( Corajoud, Chemetoff, Desvigne…)
N’aurions-nous le choix qu’entre des architectes virtuoses de l’objet, peu ou mal formés au projet urbain et des urbanistes issus de filière universitaire (sociologues ou géographes) qui ne sauraient pas dessiner le projet urbain ?!…

Je crois que la solution réside plus dans la mise en relation de ces deux métiers, nous avons autant besoin d’une programmation urbaine de qualité que nous avons besoin de bien dessiner la ville.
Cela passe aussi à mon avis par une révision de l’enseignement (revisiter les champs disciplinaires) et créer des passerelles entre ces métiers.
Ainsi parviendrons-nous peut-être à faire ressentir à nos élus le besoin d’urbanisme, l’utilité fondamentale des études urbaines et leur juste rémunération. »

***

Pauline S. , urbaniste :

« Je vous soutiens complètement. J’avais fait un séjour Erasmus à Londres et avait pu constater la grande différence entre l’organisation de notre métier au Royaume-Uni et en France (…) »

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